Pouce c'était beau.
On disait pas pause, on disait pouce.
Alors, aujourd'hui, je dis pouce. Parce que pause c'est pas la même chose. C'est trop grand, trop sérieux. Ça fait peur, un peu.
Pouce. Je dis pouce.
J'arrête, pour un moment. Je vais juste me reposer. M'assoir par terre un peu. Respirer si j'y arrive. M'allonger peut être. Regarder le ciel, les nuages, les étoiles, la lune. Les oiseaux voyager de branches en branches ou vers l'ailleurs. Répondre aux corbeaux, aux hiboux, aux chats qui passent. Guetter les écureils. Laisser les fourmis me marcher dessus. Voir le vent se trémousser dans les feuilles des arbres qui dansent avec lui. Ecouter tous les sons, humer toutes les odeurs, voir les yeux fermés.
J'ai mal au coeur.
Il faut que je vomisse un peu. Beaucoup. Passionnément. A la folie. Voir même fougeusement si l'envie m'en prend.
Faut que je sorte tout ce que j'ai à l'intérieur. Parce que ça me pollue. Je suis polluée tout partout. Et c'est lourd toute cette pollution. Je crois que je vais vomir du goudron.
Je ne veux pas me faire une raison. Je veux pouvoir continuer à croire que je peut être moi-même. Juste moi. J'en ai marre de flipper à chaque regard. J'en ai marre de haïr les regards. Je ne peux pas savoir s'ils me jugent ou me regardent juste. S'ils sont gentil ou méchant. Gentil ou méchant, oui, des mots d'enfants. Parce que je suis une enfant. Je veux juste n'en avoir rien à faire des regards.
Je suis une enfant... Et j'ai peur de grandir. Ça me fais mal. Ça me fais tellement mal. Je ne veux pas voir mon corps changer. Je ne veux pas voir mon âme changer. Je détester changer. Je déteste le changement. Les rénovations. La nouveauté. Le recommencement. La destruction. La construction. La décoration.
Tant pis si je ne suis qu'un caillou pas taillé, brut, et non pas un diamant. Je n'en ai rien à faire des diamants. Une pierre... Qui roule... Rolling Stones. Ha ha.
Je veux juste dire pouce.
Ne plus penser à rien. Ne plus que ressentir. Ma tête est pleine de fumée, mon coeur est tout gelé, et mon corps tout écorché.
Mais la pollution ça doit bien partir à un moment... Hein?
M'endormir. Ce serait bien. Et que personne ne vienne me réveiller. Rêver très très longtemps. Rêver d'amour... Même si ça a l'air ridicule. Parce que même si l'on dit "rêver n'est pas vivre", ce n'est que dans mes rêves que je me sent vivante. Allez savoir si le rêve n'est pas ce qu'on appelle la "réalité", et la réalité ce qu'on voit en rêve. Moi ça m'es égal ce qui est vrai, ce qui est faux. C'est ce que je ressens qui m'importe.
Même si les rêves ne sont pas toujours beau. Si dans la moitié de mes nuits je me réveille après un cauchemar. Je sais faire avec. Et s'il faut passer par le cauchemar pour accéder au rêve, je suis partante. Comme passer par l'enfer pour aller au paradis. Enfin... Je n'aime ni l'enfer ni le paradis. Moi, je veux rester sur terre. Même "morte". Je serai un fantôme, je serai un zombie, exactement comme je suis aujourd'hui. Mais au moins on ne me considérera plus comme vivante. Et je pourrais faire ce que je veux. Les lois, des devoirs et les droits, ne sont que pour les vivants. Je ferais des bétises constamment! Peut être... Toutes les contraintes envolées, ma tête sera plu légère, mes idées plus claires. Peut être serai-je comme l'enfant que j'étais vraiment avant. De ces enfants qui ne pensent pas à demain, mais à maintenant. Qui hurlent tout le temps sans penser aux gens. Qui n'ont pas peur d'aller vers les autres. Qui n'ont pas de bonnes manières, faisant que ce qu'ils veulent, eux, et pas un quelconque soit-disant parent.
Oui je dis pouce.
Et je rêve de tout ça. De ces petites choses qui arrivent encore à me faire sourire. C'est rare, maintenant. Je ne fais plus que pleurer.
"Tu ne peux pas faire tout ce que tu veux" On devrait pouvoir pourtant. Je déteste qu'on m'oblige, qu'on m'ordonne, qu'on me demande, qu'on me suggère, qu'on me corrige. Je ne demande rien aux gens. Mais je me vois forcée à vivre en société, celle-là même que je hais, et d'obéir, obéir, obéir. Je ne veux obéir qu'à moi. Qu'à mes propres volontés. Mes envies... Que je ne peux jamais voir prendre vie.
Je veux donner la vie. Créer. Dessiner, écrire, chanter, danser, crier, rire, modeler, découper, coller, construire... Avec mes mains. Mais je ne veux pas donner la vie à un humain. Je ne peux pas avoir un enfant si je suis moi-même enfant. Je ne pourrai pas m'en occuper, et je ne voudrai pas d'ailleurs. Je ne veux élever personne, sachant qu'on ne m'a pas moi-même élevé. Eduquer peut être. J'aime transmettre, et qu'on me transmette. Mais jamais. Jamais, jamais, jamais (Mais il ne faut jamais dire jamais, oh!) je ne serai adulte. Et encore moins responsable. Ni mature. Ni autonome. Oh non. Je ne serai jamais autonome.
Pouce. Pouce. Pouce. Pouce.